Saint Martinisme

Le Nouvel Homme (1790), § 16

Semons encore un germe que nous laisserons croître ensuite, comme nous avons fait de tous les germes divers que nous avons déjà semés dans cet écrit ; puis nous en ramasserons les fruits et les récoltes à mesure qu'ils se présenteront. Ce germe c'est l'arche de l'alliance. Voyez quels travaux le peuple juif a supportés pour transporter l'arche d'alliance au travers des déserts, pour lui faire traverser les eaux du Jourdain, pour l'arracher des mains des peuples impies qui s'en étaient empa­rés, et qui l'avaient voulu faire habiter avec leurs idoles. 

(...)Eh bien ! Il faut que cette oeuvre sainte s'opère en nous, pour que nous puissions dire que nous sommes admis au rang des sacrificateurs de l'éternel. L'arche sainte est en captivité en nous. Des impies qui ne savent pas distinguer la lumière d'avec les ténèbres, retiennent cette arche sainte dans leurs demeures d'iniquité ; ils lui font mille outrages;

 (...)  ils veulent qu'elle soit comme rien devant des divinités qui ne sont elles-mêmes que le néant. 

Il faut que nous arrachions cette arche sainte de ces mains criminelles qui l'outragent ; il faut que nous lui fassions traver­ser les déserts au milieu des peuples armés pour nous attaquer, et la maintenir en leur possession. Il faut que nous la sentions sortir péniblement de dessous les décombres qui l'engloutissent, et traverser le vieil homme, en le faisant crier de douleur, jusqu'à ce qu'elle l'ait dépassé, et qu'elle se soit remise à flot au-dessus de lui.
Vois-tu à quel prix cet air actif que la physique emploie se peut obtenir des corps qui le tenaient renfermé ? Ce n'est qu'en les violentant par des caustiques, ou qu'en les livrant à la putréfaction. Il en est de même du vieil homme qui doit être ainsi violemment dissous par le même feu sacré qu'il tient enseveli dans lui-même, et il faut qu'à chaque degré que ce feu va parcourir pour recouvrer sa liberté et sa splendeur, il dissolve, corrode, et putréfie toutes les substances hétérogènes qui composent aujourd'hui en toi l'homme de ténèbres, et l'homme de la mort ; il faut que ces mêmes substances soient brisées, et renversées par l'approche de ce feu sacré, comme l'idole de Dagon le fut par la présence de l'arche sainte ;
(...)Il faut que tu la fasses entrer ainsi dans la ville sainte au milieu des cris de joie et au son des trompettes;

 

The battle of jericho julius schnorr von carolsfeld


(...) Présente-toi donc avec la même assurance aux régions élémentaires ; tu devras espérer que la vertu attachée à l'arche sainte fera diviser les eaux devant toi, pour pouvoir les passer sans péril, qu'elle fera convertir la rosée en manne salutaire pour te nourrir dans tes besoins, qu'elle fera couler l'eau des rochers, pour te désaltérer, et qu'elle fera tomber le feu du ciel sur tes ennemis.

(...)Cette vertu attachée à l'arche sainte te fera entrer dans les associations des patriarches, et des prophètes, pour que tu élèves ta pensée jusqu'aux régions divines, supérieures à ces régions figuratives que tu es obligé de parcourir si laborieusement ; 

(...) Cette arche sainte en deviendra elle-même le premier réceptacle, et elle te fera jouir des promesses destinées à ceux qui auront fait un usage courageux du médicament d'amertume, d'où dépend notre universel renouvellement. Elle deviendra l'organe des oracles sacrés, et il suffira que tu te mettes en sa présence pour les entendre ;

(...) Cette même arche sainte engagera le grand prêtre de l'ordre de Mélchisédech à te revêtir lui-même de tes habits sacerdotaux qu'il aura bénis auparavant, il te donnera de sa propre main les ordinations sanctifiantes par le moyen desquel­les tu pourras, en son nom, verser les consolations dans les âmes, en leur faisant sentir par ton approche, par ton verbe purifica­teur, et par la sainteté de tes lumières, que nous passons dans l'esclavage, dans les ténèbres, et dans la mort tous les moments où nous ne sommes point directement dans l'atmosphère de notre Dieu ; 

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L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 16, extraits choisis. 

C’est cette Société que je vous annonce comme étant la seule de la terre qui soit une image réelle de la société divine

Sous les auspices de cette « Société des Indépendants », « et de la doctrine profonde à laquelle s’appliquent ses différents membres » (Le Crocodile, Chant  15), s’est édifiée ainsi, le strict respect des principes saint-martinistes, non un « Ordre Martiniste » de plus parmi les innombrables Ordres  se déclarant et se présentant comme tels, mais la « Société » désirée par le Philosophe Inconnu, à savoir la réunion des « Serviteurs+Inconnus », de ces « Indépendants » qui ont accueillis le message de l’Evangile et se considèrent, simplement comme des pauvres disciples du Christ Jésus, Notre Divin Maître Réparateur et Seigneur.

Telle est l’œuvre que se sont fixés les membres de cette « Société » pensée par Saint-Martin comme une « Fraternité du Bien », une Société quasi « religieuse », à savoir la Société des Frères, silencieux et invisibles, consacrant leurs travaux à la célébration des mystères de la naissance du Verbe dans l’âme ;

 

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cercle intime des pieux Serviteurs regroupés – selon le vœu même du Philosophe Inconnu – afin de répondre à sa volonté initiale et première en « Société des Indépendants », qui n’a « nulle espèce de ressemblance avec aucune des sociétés connues » (Le Crocodile, Chant 14), et dont Saint-Martin déclare : « C’est cette Société que je vous annonce comme étant la seule de la terre qui soit une image réelle de la société divine, et dont je vous préviens que je suis le fondateur. » (Le Crocodile, Chant 91).

 

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Le Nouvel Homme (1790), § 15

Si l'homme est mort dans toutes ses facultés, il n'y a pas un seul mouvement de son être qui puisse se faire sans que l'on prononce en lui cette parole rapportée plus haut : Lazare, levez-­vous. Et si l'homme veut ensuite étendre son intelligence, il verra que non seulement c'est sur lui que le réparateur profère continuellement cette parole, mais aussi sur tout l'univers, et sur toutes les parties de l'univers, puisqu'il n'y en a point qui ne soit aujourd'hui ensevelie dans les ténèbres de la mort, et qui ne soit en souffrance suivant le passage de saint Paul aux Romains, 8:19‑23.

Cette vérité que l'âme sent, quand elle se dépouille et se concentre, lui démontre quelles sont les énormes suites de la prévarication, et lui fait connaître, par l'expérience de tous les moments, que nous habitons la terre de la mort et de la douleur ; mais elle sent en même temps qu'il n'y a pas un instant pour elle où cette parole salutaire ne puisse être suivie d'une résur­rection.(…)

The transport of christ to the sepulchre detail

Homme choisi avant Israël, (…) tu sentiras qu'il ne devrait pas s'opérer un mouvement dans la moindre de tes facultés qui ne se terminât par y voir ériger un autel au Seigneur, et que tout ton être est cette terre promise qui devrait être remplie des monuments de sa gloire, de son amour, de sa puissance, et des conquêtes qu'il voudrait sans cesse te faire remporter sur les iniques habitants de cette terre sainte dont ils n'auraient jamais dû s'approcher. 

Oui, chaque acte de la parole sacrée voudrait élever autant d'autels dans ta pensée, dans tes désirs, dans ton amour, dans ton humilité, dans ta foi, dans ta courageuse activité, dans ta charité, dans ton intelligence, afin qu'il n'y eût rien en toi qui ne fût occupé à offrir des sacrifices de louanges au Seigneur, et afin que le Seigneur rayonnant par tous les points de ton existence ainsi purifiée et sanctifiée, toutes les nations te trou­vassent toujours occupé comme les Lévites à entretenir le feu sacré, et toujours prêt à recevoir leurs offrandes, et à faire parvenir leurs prières jusqu'au trône de l'Éternel.

Voilà comment la parole Divine voudrait se faire entendre à toutes les régions de l'univers, en leur répétant sans cesse par ta voix : Lazare, levez-vous ; car si c'est la voix de l'homme qui a versé le crime et le poison sur l'univers, c'est la voix de l'homme qui doit y reporter la lumière, la sagesse, la mesure et l'harmonie. C'est là ce nouvel homme après lequel languissent les soupirs de la Divinité. (…)

Et vous-même qui portez le nom de chrétien, quelles sont les portions de votre être qui méritent véritablement ce nom, et ne sentez-vous pas que ce peuple choisi est disséminé dans toutes les subdivisions de votre existence corrompue, et ténébreuse, comme le peuple juif est subdivisé sous vos yeux parmi les gentils, et parmi toutes les nations barbares, et impies qui composent le globe ?  (…)

Attendez donc que les mesures soient comblées, attendez que le moment soit venu de rappeler de toute langue, de toute nation, et de toute tribu cette famille divine dispersée aujour­d'hui chez tous les peuples. Quand ce rassemblement commen­cera, c'est alors que l'ennemi rassemblera ses forces à son tour pour venir en empêcher l'effet ; c'est alors qu'il réveillera ses puissances, et qu'il ne manquera pas d'organes, et d'instruments qui se rendront les ministres de ses projets pervers ; c'est alors que la famille divine des chrétiens sera réellement en souffrance parce qu'elle aura à soutenir de violents combats, dans lesquels elle paraîtra quelquefois vaincue, et dans lesquels la gloire de l'ennemi s'enflera au point qu'il croira avoir remporté complè­tement la victoire. (…)

Cette voix suprême qui aura rassemblé la famille divine de toute langue, de toute tribu, de toute nation se mettra elle-même à la tête de cette milice sainte, et ne permettra pas qu'elle soit renversée ; elle lui communiquera sa propre force, et elle brisera par là tous les pièges que l'ennemi lui aura tendus ; elle renverra toutes ces nations barbares dans leurs régions, où elles retour­neront couvertes de honte et de confusion pour avoir cru qu'elles l'emporteraient sur l'unité. (…) 

 

La chute des anges rebelles charles le brun 1685

 

Indépendamment des expériences particulières que tu peux faire sur toi-même, ô âme humaine, de toutes ces vérités, les voies s'ouvrent temporellement devant toi pour servir de pré­paration et d'acheminement à ces grandes secousses ; mais elles ne sont pas encore dans leur activité ; tout ce qui se passe, et s'est passé sous tes yeux depuis quelques siècles, ne te présente que de puériles images de ce qui est réservé aux derniers temps ; l'ennemi n'y agit encore que par des ruses, des dissimulations, des subterfuges, parce que la famille divine des chrétiens n'est encore rassemblée que figurativement.Princedecemonde

Lorsqu'elle sera rassemblée réellement, l'ennemi agira à force ouverte, et tout sera actif dans l'attaque comme dans la défense. Prépare-toi toujours à l'événement comme s'il devait arriver dans l'instant, car tu ne sais pas l'heure, et d'ailleurs cette heure peut arriver pour chacun en particulier dès l'instant qu'il a formé la sincère résolution de rassembler sa propre famille.

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 15, extraits choisis. 

Le Nouvel Homme, § 11

" Ainsi ce n’est point une espérance mensongère que celle qui nous promet de nous faire sentir physiquement l’épée divine, le souffle divin, le feu du sanctuaire et le contact vif de la puissance active et animante. Et même nous ne sommes que dans les ombres et dans les figures, tant que ce mouvement sacré et sensible ne s'est pas opéré en nous ; comme le feu des corps est nul en quelque sorte, tant qu'il n'est pas en contact et en conjonction avec tous les points de l'air libre, et de l'atmosphère vivante qui l'environne. Autel 3

 

(…) Mets-toi en sang, mets-toi en lambeaux, comme en passant au travers des ronces et des épines ; ce n'est que de l'autre côté de la haie qu'est le trésor. 

(…)  L'ennemi ne sait que te tromper par ces considérations illusoi­res ; ne dispute point avec lui, mais marche sans lui rien dire ; 

 

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(…) Tout a été écrit, dit, publié ; il n'y a point de profondeur ici-bas qui n'ait été sondée, il n'y a point de secret qui n'ait été découvert, point de lumière qui n'ait été manifestée;

(…) Ils croient leur cœur en sûreté, dès que leur esprit voit des rayons de lumière ; et ils ne songent pas que sans le secret et douloureux médicament, ils ne font, avec toutes leurs clartés, que se jeter plus sciemment dans le précipice.

(…) tâche de parvenir à ce degré à la fois délicieux et sanctifiant ; tâche qu'il n'y ait plus en toi qui ait quelque chose à toi ; car plus cette parcelle imperceptible, que j'ai appelée la mesure, trouvera en toi de choses qui lui appartiennent, plus tu seras plein de ces mesures si salutaires, et dont la seule présence peut servir de date à ta régénération.

(…) descendez encore un peu plus au fond de vous-mêmes, vous all­ez trouver que votre cœur a le discernement des intentions, des facultés, des opérations, et des mouvements de votre Dieu lui-même ; et que vous êtes l'organe sacré auquel il veut bien laisser faire l'épreuve de tout ce qu'il daigne envoyer hors de son éternel centre ; c'est sur cette langue invisible, mais impérissable que se peut faire l'essai de tous les sels Divins que la sagesse envoie continuellement dans l'atmosphère l'esprit. " 

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 11, extraits choisis.

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Le Nouvel Homme, § 10

" Les bergers ont entendu les anges chanter la naissance de ce fils de l’homme ; les mages ont vus son étoile dans l’Orient, ils viennent le visiter, et leur offrir leur or et leur encens. Tu as beau faire exterminer les enfants de Rachel pour calmer tes craintes, ce fils est un fils qui ne s’extermine point par la main de l’homme, parce qu’il n’est point né de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté du sang, mais qu’il est né de Dieu ; aussi le Dieu qui l’a formé saura veiller sur ses jours, et il le fera réfugier dans l’Egypte, jusqu’à ce que les temps de ta fureur soient écoulés, et que le temps de la gloire de son fils soit arrivé.

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(…) On nous donne peu d’instruction sur les soins que l’on doit à l’enfance ; cependant homme, ce temps va être pour ton fils le temps le plus précieux de sa vie, car tu vas être à la fois ton fils, ton père, ta mère, tous les serviteurs qui seront employés à la plus sublime des tâches. Que ce fils nouveau-né devienne donc pour toi l’objet de tes soins les plus assidus. Ce fils est amour, et il est amour Divin…

(...) Mais n’oublies pas que ce fils est aussi le fils de la douleur, que c’est le second né de Rachel, qu’il a couté la vie à sa mère, qu’il est le seul des douze chefs de tribus qui soit né dans la terre promise, et qu’il y est né après que son père eût offert un sacrifice au Seigneur, et qu’il eût érigé un autel à Béthel.

 

 (…) Si tu veux donc conserver ce précieux rejeton, nourris-le chaque jour des mêmes éléments qui lui ont donnés la naissance ; fais couler à chaque instant sur lui le sang de l’alliance qui doit le préserver du glaive de l’ange exterminateur ; bien plus, fais pénétrer sans cesse dans toutes ses veines, ce même sang de l’alliance qui doit donner la mort à tous les Egyptiens, et le mettre à même de les dépouiller un jour de leurs vaisseaux d’or et d’argent avec lesquels ils font des festins d’iniquité. Laisse couler dans ses veines de sang corrosif qui n’aura point de relâche qu’il n’ait rongé jusqu’aux moindres traces du péché ; tu verras par là les membres de ton fils acquérir peu à peu de la force et de la consistance.

Et  pourquoi ce sang accumulera-t-il ainsi la vie dans les membres de ton fils ? C’est qu’il est le sang de la douleur, et que la douleur n’est point sans la vie, puisqu’elle n’est qu’une contradiction de la mort contre la vie, et de la vie contre la mort.

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(…) Fais donc tomber à grands flots ce sang de la douleur sur ton fils, plonge le dans cette mer de douleur qui seule peut lui donner et lui conserver le sentiment ; qu’il y séjourne plus longtemps que Jonas dans la baleine, plus longtemps que Moïse sur la montagne, plus longtemps que l’arche sur les eaux du déluge, plus longtemps que les Hébreux dans le désert ; plus longtemps que ces mêmes Hébreux dans toutes leurs captivités, qu’il y séjourne pendant toute sa vie terrestre, parce que ce n’est que par ce moyen que ce sang déposera dans son cœur, dans ses os, dans sa moelle, dans ses veines, dans toutes les fibres de son être le vrai élément sacerdotal d’où doivent naître pour lui la lance et l’épée. Qu’il mange chaque jour de ce pain sacerdotal, et qu’il s’enivre du vin de la colère du Seigneur."

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 10

 

Le Nouvel Homme est établi à demeure au milieu des multiplications de lumière

" Celui qui a senti l'aiguillon du désir se lance coura­geusement dans cette carrière où les dangers et les puissances ennemies vont l'environner, et l'assaillir jour et nuit ; l'ardeur de la victoire lui cache la grandeur du péril et des fatigues ; il est déterminé à tout, parce qu'il sait que les récompenses qui l'attendent embrassent tout. Il doit donc compter qu'en entrant dans ce désert toutes les facultés de son être vont être éprouvées, et qu'il n'y en a pas une non seulement dans son corps, mais encore plus dans son âme et dans son esprit, qui ne doive verser des sueurs de sang, et en imbiber les différentes terres auxquel­les appartiennent ces différentes facultés ; et cela continuelle­ment jusqu'au jour de sa sépulture, parce que tant qu'il demeure sur cette terre de douleur, il est dans le règne du mensonge, et que celui qui y domine n'oublie rien pour faire prospérer son empire. Voilà pourquoi nous ne devons méditer qu'en marchant et qu'en faisant notre chemin, les merveilles que le Seigneur veut bien faire briller de temps en temps dans nos ténèbres. (...) Aussi toutes les facultés de notre être après avoir versé des sueurs de sang, doivent verser des sueurs de joie et de délice ; il n'y a pas une seule de nos fibres qui ne doive devenir un des torrents de la vie, et recevoir sans cesse une accumulation de trésors qui nous établisse à demeure au milieu de ces multiplications de lumières, de ces multiplications de confiance, de ces multiplications de courage, de ces multiplications d'espérances et de consolations que nous avons déjà eu occasion de peindre, et que l'on ne peut jamais trop retracer pour ranimer la foi du faible, et même pour l'entretenir dans celui qui ne l'est pas. "

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 09 

 

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Chapitre Extraordinaire d’Assemblée Générale annuelle de la Société + des + Indépendants

 

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 « Si nous parlons (…) d’un « mystère », soit celui propre à « l’Église intérieure », c’est que cette dernière forme l’invisible « communauté de la lumière », selon la singulière expression que Karl von Eckhartshausen (1752-1803) emploie dans La Nuée sur le Sanctuaire (1802), lorsqu’il écrit : « Cette communauté de la lumière fut appelée de tout temps l’Église invisible et intérieure, ou la communauté la plus ancienne…».

C’est cette Église qui a été révélée par le Christ lors de sa venue en ce monde, quoique cette assemblée soit demeurée cachée et préservée bien avant l’Incarnation, et dans laquelle se trouvent conservées la vraie religion, la pratique du culte, la prière silencieuse d’abandon, l’oraison passive de recueillement, et, principalement, les connaissances mystérieuses réservées aux élus de l’Éternel.

De la sorte, lorsqu’il nous dévoile la véritable nature de l’Église céleste, qu’il désigne, selon un terme qui va profondément marquer l’ensemble du courant illuministe, comme étant « l’Église intérieure », Eckartshausen le fait en précisant qu’elle se compose des « élus du Seigneur », et que cette Église naquit, non pas à la Pentecôte lorsque l’Esprit-Saint fut envoyé sur les disciples, mais immédiatement après la Chute, ce qui explique pourquoi elle est dépositaire des mystères les plus intimes de la Révélation, touchant à l’origine la plus lointaine, et possède des lumières particulières sur des événements qui sont méconnus du plus grand nombre. »

Jean-Marc Vivenza, Le mystère de l’Église intérieure, ou la « naissance » de Dieu dans l’âme. Le cœur métaphysique et ontologique de la doctrine saint-martiniste, Editions la Pierre philosophale, mars 2016.

 

http://www.societedesindependants.org/actualites/94-chapitre-extraordinaire-2016

 

Le Nouvel Homme, § 8

 

Quand l'homme prie avec constance, avec foi, et qu'il cher­che à se purifier dans la soif active de la pénitence, il peut lui arriver de s’entendre dire intérieurement ce que le réparateur dit à Céphas : tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Cette opération de l'esprit dans l'homme nous apprend qu'elle est la dignité de l'âme humaine, puisque Dieu ne craint point de la prendre pour la pierre fondamentale de son temple ; elle nous apprend combien nous devons nous nourrir de douces es­pérances, puisque cette élection nous met à couvert des puissan­ces du temps, et plus encore des puissances des ténèbres et des abîmes ; elle nous apprend enfin ce que c'est que la véritable église, et que, par conséquent, nulle part, il n'y a d'église où cette opération invisible de l'esprit ne se trouve pas.

 

Mais remarquons pour quelle raison cette opération de l'esprit constitue la véritable église ; c'est que c'est la parole éternelle qui se grave elle-même alors sur la pierre fondamentale qu'elle choisit, comme le réparateur gravait sa propre parole sur l'âme de saint Pierre à qui il parlait face à face. Sans l'impres­sion de cette parole Divine sur notre âme, l'église ne s'élève point...

 

(…) Dès ce moment nous nous trouvons engagés à veiller soigneusement à la construction spirituelle qui nous est confiée ; construction qui doit d'autant plus nous attrayer que nous en trouvons en nous tous les matériaux et que, sous l'inspection, et avec l'aide de celui qui nous a fait cette annonce, nous pouvons devenir à la fois, l'architecte, le temple et le prêtre par qui le fondateur Divin y sera honoré...

 

(…) En un mot, l'idée de cet être puissant doit désormais devenir aussi inséparable de notre oeuvre que la pensée l'est de nos paroles, et de toutes les opérations qui en sont les fruits. 

 

(…) Réveille-toi donc, homme, chaque jour avant l'aurore pour accélérer ton ouvrage. C'est une honte pour toi que ton encens journalier ne fume qu'après le lever du soleil. Ce n'est point l'aube de la lumière qui devait autrefois avertir ta prière de venir rendre hommage au Dieu des êtres, et solliciter ses miséricordes, c'est ta prière qui devait elle-même appeler l'aube de la lumière et la faire briller sur ton oeuvre, afin qu'ensuite tu puisses du haut de cet orient céleste la verser sur les nations endormies dans leur inaction, et les arracher à leurs ténèbres. Ce n'est que par cette vigilance que ton édifice prendra son accroissement, et que ton âme pourra devenir semblable à l'une de ces douze perles qui doivent un jour servir de portes à la ville sainte.

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(…) Ne te relâche donc point, homme de désir, car le Dieu des êtres lui-même ne dédaigne pas de venir faire alliance avec ton âme, il ne dédaigne point de venir opérer avec elle cette divine et spirituelle génération dans laquelle il t'apporte les principes de vie, et veut bien te laisser le soin de leur donner la forme. Si tu voulais t'observer avec attention, tu sentirais tous ces principes divins de l'essence éternelle, délibérer et agir puissamment en toi chacun selon leur vertu et leur caractère ; tu sentirais qu'il t'est possible de t'unir à ces suprêmes puissances, de devenir un avec elles, d'être transformé dans la nature active de leur agent, et de voir toutes tes facultés s'accroître et s'aviver par de divines multiplications...

 

(…) Tu pourrais alors te faire une idée de ces joies futures dont tu goûterais déjà les prémices; tu aurais de délicieux pressentiments, que grâce aux miséricordieuses faveurs de celui qui t'a créé et qui veut bien te régénérer, ton entrée dans la vie t'est comme cautionnée par lui, et que tu peux dire avec une sainte sécurité inspirée par lui : Mon âme ne m'a point été donnée en vain ; il a daigné la faire renaître pour l'appliquer à l'œuvre active à laquelle ma sublime émanation me donnait droit de prétendre, et il me promet encore de me faire recueillir un jour les fruits du champ que lui-même a bien voulu cultiver par mes mains. Que ce Dieu de toute puissance et de toute consolation soit à jamais honoré comme il devrait l'être, et comme il le serait des hommes, s'il leur était plus connu !

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Nous pouvons donc déjà apercevoir les biens qui nous sont promis si nous persévérons à nourrir en nous l'esprit de douleur ou plutôt la douleur de l'esprit, c'est-à-dire, cette pénétrante amertume cachée au médicament spirituel par où doit com­mencer toute notre oeuvre ; car n'oublions pas que nous sommes encore dans les déserts, et que nous n'entrevoyons la terre promise que sur les récits et les images que nous en offrent les fidèles envoyés qui l'ont parcourue ; et s'il est consolant pour nous d’avoir à attendre un si magnifique héritage, ne perdons pas de vue le seul chemin qui puisse nous y conduire.

 

Disons-nous sans cesse les uns aux autres : le médicament spirituel veut nous rendre la santé, et la vie ; le Dieu universel veut passer tout entier par notre être afin de parvenir jusqu'à l'ami qui nous accompagne ; il veut y passer souffrant, avant d'y passer dans sa gloire, il veut rompre les liens qui nous enchaî­nent dans la caverne des lions et des bêtes féroces et venimeuses, il veut régénérer notre parole par l'impression de sa propre parole, il veut fonder sur notre âme son église, afin que les portes de l'enfer ne prévalent jamais contre elle, il veut s'unir à nous pour opérer avec nous une génération spirituelle dont les fruits soient aussi nombreux que les étoiles du firmament, et puissent comme elles faire briller universellement sa lumière ; et tous ces biens qu'il veut nous procurer, il veut les réaliser en nous par l'annonciation de son ange, et par la sainte conception de son esprit, puisque c'est là le terme final de tous ses desseins et de toutes ses manifestations : louons-le dans la magnificence de ses merveilles, et dans l'abondance de ses trésors ; mais que ce soit dans le chemin et en faisant notre route que nous occupions ainsi notre pensée ; afin que ces saintes méditations nous servent à adoucir les fatigues du voyage, et non pas à nous arrêter.

 

 

 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 8

 

Le Nouvel Homme, § 7

 

(…) La sagesse conduit l'homme par des degrés insensibles afin de ne pas l'effrayer par l'immensité de la tâche qu'il a à remplir. Aussi commence-t‑elle par dire à l'homme qu'il doit servir d'organe et de passage à la Divinité tout entière, s'il veut que son ange jouisse de la paix et des félicités Divines. Cet avis est si consolant que l'âme de l'homme en est comme absorbée dans l'admiration et dans la joie. Elle pleure de regret, elle pleure d'espérance : c'est comme si l'image Divine elle-même était venue se dessiner sur toutes ses substances, et qu'elle eût senti la douce chaleur de la main qui a conduit le pinceau ; mais comme c'est là le terme final de l'œuvre, cette sagesse nous apprend bientôt qu'avant d'atteindre à cet heureux terme, nous devons voir passer en nous le Dieu souffrant, puisque lui seul peut enchaîner tous les lions voraces, et tous les serpents qui circulent en nous, et ne cessent de nous effrayer par leurs sif­flements, ou de nous empoisonner par leur venin.

(…) La sagesse ne nous découvre ce grand combat que le dernier, afin qu'étant préparés d'avance par les douceurs qui nous sont promises dans le Dieu bienfaisant, et par les moyens qui nous sont offerts dans le Dieu souffrant, nous puissions nous lancer plus courageusement dans le champ de bataille, et nous flatter de remporter la victoire ; car ce n'est qu'après cette victoire que se tracent en nous les plans du temple et les dif­férentes divisions qu'il renferme, parmi lesquelles il en est une par où le Saint des Saints se communique à nous, comme il se communiquait au grand prêtre dans le temple de Jérusalem ; ce n'est qu'alors que se confirme en nous, et l'annonciation de la part de l'ange, et la conception par l'opération de l'Esprit-Saint, d'où nous pouvons espérer un heureux enfantement Divin

(…) Ce n'est pas que par notre victoire sur ces animaux féroces qui tendent journellement à nous dévorer, nous les ayons entiè­rement séparés de notre cercle, et qu'ils ne soient plus liés à notre existence : non, ils y sont liés par la nature de notre chair et de notre sang ; et ils sont destinés à être entraînés avec tout notre être dans le cercle passager que nous parcourons, comme l’abîme est entraîné avec l'univers dans le vaste cercle du temps ; mais de même que cet abîme est entraîné avec l'univers sans lui nuire et sans gêner la marche de ces opérations et l’accomplissement de ses lois, de même la région de nos ani­maux dévorants, doit être entraînée avec nous sans se mêler aux fonctions de notre esprit, et comme occupant une demeure séparée, cette région n'existant pour nous, que comme l'abîme pour l'univers

 

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(…) C’est pourquoi nos prières ne sont encore que des gémissements, des lamentations, et des invocations, au lieu d'être des contemplations, des commandements, des actions de grâces, et des jouissances, comme elles auraient dû l'être dans l'origine, et comme elles le seront à la fin de toutes choses, pour ceux qui se seront dévoués au maintien de la justice et à l'observation des lois du Seigneur.

(…) Car, lorsque le premier homme fut créé, Dieu ne lui dit point de se lamenter, et de passer sa vie dans les larmes, il lui dit qu’il l'établissait sur tous les ouvrages de ses mains ; il lui dit de donner des noms à tous les animaux ; il lui dit de remplir la terre et de la dominer ; mais après sa chute, la terre est maudite, il ne doit plus manger son pain qu'à la sueur de son front 

(…) Ô vous, instituteurs humains, combien vous repentirez­-vous un jour d'avoir abusé les âmes en les menant par des voies nulles, figuratives et illusoires qui leur auront donné un calme trompeur, en leur procurant des joies extérieures, et en leur communiquant des ombres de vérités qui les auront empêchées de travailler au renouvellement du centre de leur être !

(…) Oh ! mes amis, prenons garde à un autre danger qui nous menace tous : c'est d'être traités comme ceux à qui on redeman­dera le sang des prophètes ; non pas que nous leur ayons ôté la vie temporelle, mais pour n'avoir pas profité de leur esprit plus que les nations auxquelles ils avaient parlé, ni plus que les hommes du torrent ; car cet esprit des prophètes est leur véritable sang que nous versons à tous les instants, quand nous ne suivons pas les leçons qu'ils nous ont données, et qu'au bruit de leurs menaces nous ne rentrons pas sous la domination exclusive du seul, et souverain être qui est jaloux de tout gouverner lui-même, comme étant le seul qui ait pu tout créer ; oui, voilà ce véritable sang qui sera demandé à la famille humaine, non seulement depuis le sang d'Abel, jusqu'à celui de Zacharie mais encore depuis celui de Zacharie, jusqu'à celui qui sera également versé et profané pendant toute la durée des siècles. Voilà ce sang que versent tous les jours les Pharisiens, les Scribes, et les docteurs de la loi qui étouffent sans cesse l'esprit du prophète, non seulement sous le poids de la lettre, mais sous le poids de leurs hypocrites et frauduleuses interpré­tations, et sous celui de leurs superstitieuses traditions dans lesquelles la vérité va toujours en descendant.

Veillons donc jour et nuit pour que ce sang de l'esprit nous soit profitable, veillons pour qu'on ne nous reproche pas un jour de l'avoir laissé perdre et couler en vain ; veillons, car c'est ce sang qui doit servir à la formation et à la nourriture du fils spirituel conçu en nous par l'opération de la sagesse sainte.

 

 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 7

 

 

 

L'Initié avance avec prudence et silence sous le manteau.

 

« La vigilance, qui doit guider les pas du frère martiniste, lui vient de la connaissance véritable au sens de Sophia, c’est-à-dire de la Sagesse dont il porte l’attribut : le Manteau.

Il s’agit là de la Sagesse divine que Saint Paul opposait à la sagesse profane qui est de ce monde. Pour L.-C. de Saint-Martin, cette dernière n’est qu’un fragment déchu de la Sagesse primordiale ou Sophia est plus qu’une sagesse mondaine, elle conduit l’homme à une impulsion divine ( rappelons que l’Esprit Saint a été identifié à la Sophia par st. Théophile d’Antioche et st.Irénée de Lyon) véritable dépôt transmis d’Initié à Initié, sous le boisseau et dont le rayonnement, tout en portant témoignage au monde, se révèle à qui s’ouvre et ainsi le perçoit et le reçoit. Si l’Initié avance avec prudence et silence sous le manteau, c’est que parfois « ce qu’il est » ( sa personnalité), parle plus fort que « ce qu’il a dit ». Le Manteau recouvre donc ses vêtements ( « ce qu’il est »), son aspect extérieur étant ainsi caché sous les plis noirs du tissu. Il apprend  à faire taire les revendications de son moi. Le vêtement a toujours reflété la personnalité de celui qui le porte, celle-ci est donc mise « sous le voile », le terme manteau lui-même vient d’ailleurs du latin « mantellum » qui signifie « voile ».»

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+Saint-Martinisme+ et Voie Cardiaque

"Je viens exercer auprès de l'homme,  l'important ministère de l'homme, un ministère plus véridique et plus Sévère"

"L'homme n'est plus qu'une source d'amertume"

"Nos larmes sont aujourd'hui les seuls signes de notre fraternité ; nous ne sommes plus parents que par l'infortune. Pas un seul des mouvements de l'homme qui n'ait l'aveuglement pour base, et les gémissements pour résultats" 

Louis-Claude de Saint-Martin.

 

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+Saint-André Apôtre+

« (…) ayant connu et suivi les prescriptions de l’Ancienne Loi, il devint un disciple du Christ abandonnant le légalisme de la religion mosaïque pour accueillir la Bonne Nouvelle du Messie libérateur (…). L’exemple de saint André est une invitation formelle à entrer véritablement, à se placer entièrement, en faisant renaître le feu sacré sur l’autel des parfums caché par Jérémie qui était la lointaine image du feu intérieur de l’"homme de désir", sous l’unique loi de la grâce ouverte par le divin Réparateur. »

 

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(J.- M. Vivenza, Les élus coëns et le Régime Écossais Rectifié, Le Mercure Dauphinois, 2010, pp. 311-313)Saint andre apotre