Le Nouvel Homme

Le Nouvel Homme (1790), § 13

« Lorsque le Réparateur alla à Béthanie pour y ressusciter le frère de Marthe et Marie qui était mort depuis quatre jours, et qui sentait mauvais ; lorsqu'étant près du tombeau, il dit d'une voix haute : Lazare, levez-vous ; c'est à toi, âme humaine, qu'il adressait la parole encore plus qu'à ce cadavre qui n'était que le symbole de la véritable renaissance ; (…)

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Si tu as aperçu précédemment que l'annonciation de l'ange peut se répéter pour toi, ainsi que la conception et la naissance du fils de la promesse, tu ne seras pas surprise que la résurrec­tion de Lazare puisse se répéter pour toi également ; mais aussi par la même raison, tu sens que cette opération préliminaire te devient indispensable, puisque tu es morte depuis quatre jours ; c'est-à-dire, dans tes quatre grandes institutions primitives que tu ne saurais plus remplir, et puisque tu répands partout l'infec­tion. La voix du Réparateur s'approche de ta tombe et te crie : Lazare, levez-vous ; ne fais pas comme les Juifs dans le désert ; n'endurcis pas ton cœur à cette voix, et jette-toi promptement hors de ton cercueil ; il ne manquera pas de gens serviables pour délier tes bandelettes. Souviens-toi ensuite qu'il ne t'a été dit : Lazare, levez-vous ; qu'afin que tu répètes à ton tour librement à toutes tes facultés endormies : Lazare, levez-vous ; (…)

Âme humaine, plus féconde que la terre corruptible où tu es emprisonnée pour un temps, tu peux, plus qu'elle, recevoir de vives semences, tu peux, plus qu'elle, produire de nombreuses récoltes, tu peux, plus qu'elle, fixer et faire couler sur toi les riches et fécondes rosées ; et ce sont tous ces trésors qui doivent t'engraisser à jamais ; car, si tu te dis bien sincèrement : Lazare, levez-‑vous, tu peux alors espérer que le conseil céleste vienne délibérer jusque dans ton propre sein, et envoie ensuite sa parole sacrée dans tout ton être, pour y faire exécuter ses décrets, et faire couler abondamment dans toutes ses substances élémen­taires, spirituelles et Divines les sanctifications éternelles qui ne tendent qu'à effacer le temps (…)

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Si le conseil céleste doit délibérer jusque dans notre propre sein, il en résulte pour nous une loi puissante, et qui porte avec elle l'empreinte d'une terreur salutaire ; c'est que nous ne devrions pas nous permettre un acte, ni un mouvement qui ne fût la suite d'une délibération de ce conseil céleste (…) dès que dans toi le conseil céleste veut bien prononcer de pareils décrets, chacun de tes pas et de tes mouvements doit être une victoire, une exécution de quelque jugement Divin, une délivrance de quelque esclave, et un accroissement du règne de la lumière ; et toutes ces oeuvres sont autant d'hymnes à la gloire de celui qui est venu en délibérer en toi, et les décréter, et qui veut bien t'en confier l'opération pour te transmettre, par ce moyen, des étincelles de cette joie Divine, et immortelle qui est l'élément primitif de ton existence (…) tu dois sentir que la délibé­ration de ce grand conseil est que tu sois également dans la souffrance et dans le combat, si tu veux remporter la victoire. (…)

Songe, âme de l'homme, que c'est le Dieu même qui pleure en toi, pour que tu puisses, par ses propres douleurs, parvenir aux consolations. Songe qu'il pleura avant de dire à Lazare : Levez-vous. Songe qu'il pleure à tout instant dans tout ton être, et qu'il ne cherche qu'à établir son propre jeûne ou sa propre pénitence dans ton centre élémentaire, dans ton centre spirituel, et dans ton centre Divin. Si Dieu pleure en toi, comment te refuserais-tu à pleurer avec lui, comment t'oppo­serais-tu à laisser librement circuler en toi, ces torrents enflammés de la pénitence sacrée (…) Fais donc en sorte de n'être plus que douleur, que soupirs, que la­mentations car ce n'est plus que de cette manière-là que tu peux aujourd'hui être l'image et la ressemblance de ton Dieu. »Desintegration

 

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 13, extraits choisis.

Le Nouvel Homme, § 12

Puisque notre Dieu est un être effectif, tout doit être effectif dans ce qui l'approche, comme dans ce qui sort de lui. Ainsi, pourvu que nous le recherchions avec une pénitence effective, une humilité effective, un courage effectif, nous ne devons pas douter qu'il ne vienne à nous avec des puissances effectives, avec des dons effectifs, et qu'il n'imprime sur nous des témoi­gnages effectifs de son intérêt et de son effectivité 

 (…) Venez, humilité sainte, venez vivre dans la prédication intérieure que mon âme entend chaque jour au-dedans d'elle-­même, et unissez votre activité à la parole intérieure qui me poursuit, afin que je sois sans interruption un être effectif, et que, par votre moyen, le Divin et universel défenseur repose sur moi, et me préserve de la colère du Seigneur.

 L'homme est tranquille au milieu des abîmes qui l'envi­ronnent ; il oublie que ses ennemis sont si redoutables, qu'il ne peut pas abattre le moindre degré de leur puissance, qu’autant que la force Divine, elle-même, se met en mouvement, et sans qu'il n'en coûte à Dieu, une opération, et un acte réel de sa force et de son action entière. L'ennemi ne l'ignore pas cette vérité ; aussi, il ne remue pas tant que nous ne mettons en jeu que nos puissances inférieures et particulières à l'homme ténébreux ; et un de ses grands secrets, c'est d'abuser les mortels par d'appa­rents succès fondés sur des prières faibles et illusoires, qui les font dormir dans le sommeil de la mort ; c'est par là qu'il dévore journellement toute la terre. (…) Cet ennemi de toute vérité a des puissances à ses ordres qu'il envoie devant lui comme des espions dès qu'on le poursuit et qu'on l'attaque dans son pays ; il a à ses ordres des chiens, des loups qui observent s'ils ne pourront pas dévorer le cavalier et sa monture, et ensuite faire main basse à leur aise sur toute la bergerie. Mais sitôt qu'ils aperçoivent ou seulement qu'ils sentent le lion de la tribu de Juda, ils fuient à toutes jambes, tant ce lion de la tribu de Juda a des armes tranchantes et à l'épreuve de tout. Ses armes n'ont pas même besoin de se mouvoir ; il approche et tout tremble devant lui. 

(…) Ne cherchons pas un autre chef. N'est-ce pas lui qui a appelé l'âme de l'homme et qui lui a dit : sur cette pierre je bâtirai mon église ? Mais notre âme embrasse et pénètre tout notre être, comme l'esprit du Seigneur embrasse et pénètre tout l'univers ; ainsi chaque portion de nous, chacune de nos facul­tés, chacune de nos pensées, chacun de nos mouvements peu­vent donc se transformer en autant d'églises où le nom du Seigneur soit perpétuellement honoré ; c'est pour cela que le nom du Seigneur sera loué de l'orient jusqu'à l'occident, du nord au midi, et dans toute l'étendue de la terre. C'est là ce que seront les fonctions de ce nouveau-né à qui l'esprit vient de donner le jour ; car, son ministère circulera dans le quaternaire ; ainsi l'homme aura à vaquer aux fonctions Divines à l'angle d'orient, aux fonctions spirituelles dans l'angle du nord, aux fonctions de l'ordre mixte dans l'angle d'ouest et aux fonctions de la justice, du combat et du jugement dans l'angle du midi. De là il retournera sur ses pas, pour purifier, et sanctifier de nouveau les régions et leur faire part de ses triomphes et venir ensuite en rendre hommage à l'universel triomphateur, sans lequel il n’y aurait aucun conquérant.Hercules and the hydra

Mais répétons-le, c'est dans les plus creuses profondeurs de l’âme humaine, que l'architecte doit venir poser le fondement de l’église ; et il faut qu'il les cimente avec la chair, le sang et la vie de notre verbe, et de tout notre être. Voilà le travail le plus pénible de la régénération ; c'est celui qui porte sur cette intime substance de nous-mêmes. Au milieu des supplices que notre corps peut subir, nous pouvons dans notre âme en subir un plus grand encore.

C'est ce qui est arrivé au réparateur qui ne songeait point à la mort de son corps lorsqu'il demandait que ce calice s'éloignât ­de lui ; enfin c'est le combat de l'esprit, c'est cette douleur à laquelle aucune douleur ne se compare, et qui par sa grandeur même nous met dans le cas de supporter toutes les autres avec une sorte d'indifférence.

Car, si nous voulions courageusement faire pénétrer notre esprit vivant dans toutes les subdivisions et régions de notre être, pour y porter la vie et la renaissance, nous ne compterions pour rien les maux ordinaires auxquels notre nature et notre vie temporelle nous exposent ; et il n'y aurait plus de douleur qui pût se mettre en parallèle avec notre douleur ; mais aussi où seraient les joies qui finalement pourraient se mettre en parallèle avec nos joies ?

Nous apprendrions là, en peu de temps, toute notre histoire. Nous y apprendrions que nous naissons dans le Divin, que nous prenons forme dans l'esprit, que nous rectifions l'apparence, et que nous séparons l'iniquité, et que ces quatre grandes opérations se font par l'impression de la force, de l'amour et de la sainteté, sur notre corps, notre cœur et notre front ; le tout sous l’aspect du grand nom central qui plane au-dessus de nous, pour nous vivifier, comme il vivifie tous les êtres dont il est à jamais le centre unique et universel.

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 12, extraits choisis.

Le Nouvel Homme, § 11

" Ainsi ce n’est point une espérance mensongère que celle qui nous promet de nous faire sentir physiquement l’épée divine, le souffle divin, le feu du sanctuaire et le contact vif de la puissance active et animante. Et même nous ne sommes que dans les ombres et dans les figures, tant que ce mouvement sacré et sensible ne s'est pas opéré en nous ; comme le feu des corps est nul en quelque sorte, tant qu'il n'est pas en contact et en conjonction avec tous les points de l'air libre, et de l'atmosphère vivante qui l'environne. Autel 3

 

(…) Mets-toi en sang, mets-toi en lambeaux, comme en passant au travers des ronces et des épines ; ce n'est que de l'autre côté de la haie qu'est le trésor. 

(…)  L'ennemi ne sait que te tromper par ces considérations illusoi­res ; ne dispute point avec lui, mais marche sans lui rien dire ; 

 

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(…) Tout a été écrit, dit, publié ; il n'y a point de profondeur ici-bas qui n'ait été sondée, il n'y a point de secret qui n'ait été découvert, point de lumière qui n'ait été manifestée;

(…) Ils croient leur cœur en sûreté, dès que leur esprit voit des rayons de lumière ; et ils ne songent pas que sans le secret et douloureux médicament, ils ne font, avec toutes leurs clartés, que se jeter plus sciemment dans le précipice.

(…) tâche de parvenir à ce degré à la fois délicieux et sanctifiant ; tâche qu'il n'y ait plus en toi qui ait quelque chose à toi ; car plus cette parcelle imperceptible, que j'ai appelée la mesure, trouvera en toi de choses qui lui appartiennent, plus tu seras plein de ces mesures si salutaires, et dont la seule présence peut servir de date à ta régénération.

(…) descendez encore un peu plus au fond de vous-mêmes, vous all­ez trouver que votre cœur a le discernement des intentions, des facultés, des opérations, et des mouvements de votre Dieu lui-même ; et que vous êtes l'organe sacré auquel il veut bien laisser faire l'épreuve de tout ce qu'il daigne envoyer hors de son éternel centre ; c'est sur cette langue invisible, mais impérissable que se peut faire l'essai de tous les sels Divins que la sagesse envoie continuellement dans l'atmosphère l'esprit. " 

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 11, extraits choisis.

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Le Nouvel Homme, § 10

" Les bergers ont entendu les anges chanter la naissance de ce fils de l’homme ; les mages ont vus son étoile dans l’Orient, ils viennent le visiter, et leur offrir leur or et leur encens. Tu as beau faire exterminer les enfants de Rachel pour calmer tes craintes, ce fils est un fils qui ne s’extermine point par la main de l’homme, parce qu’il n’est point né de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté du sang, mais qu’il est né de Dieu ; aussi le Dieu qui l’a formé saura veiller sur ses jours, et il le fera réfugier dans l’Egypte, jusqu’à ce que les temps de ta fureur soient écoulés, et que le temps de la gloire de son fils soit arrivé.

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(…) On nous donne peu d’instruction sur les soins que l’on doit à l’enfance ; cependant homme, ce temps va être pour ton fils le temps le plus précieux de sa vie, car tu vas être à la fois ton fils, ton père, ta mère, tous les serviteurs qui seront employés à la plus sublime des tâches. Que ce fils nouveau-né devienne donc pour toi l’objet de tes soins les plus assidus. Ce fils est amour, et il est amour Divin…

(...) Mais n’oublies pas que ce fils est aussi le fils de la douleur, que c’est le second né de Rachel, qu’il a couté la vie à sa mère, qu’il est le seul des douze chefs de tribus qui soit né dans la terre promise, et qu’il y est né après que son père eût offert un sacrifice au Seigneur, et qu’il eût érigé un autel à Béthel.

 

 (…) Si tu veux donc conserver ce précieux rejeton, nourris-le chaque jour des mêmes éléments qui lui ont donnés la naissance ; fais couler à chaque instant sur lui le sang de l’alliance qui doit le préserver du glaive de l’ange exterminateur ; bien plus, fais pénétrer sans cesse dans toutes ses veines, ce même sang de l’alliance qui doit donner la mort à tous les Egyptiens, et le mettre à même de les dépouiller un jour de leurs vaisseaux d’or et d’argent avec lesquels ils font des festins d’iniquité. Laisse couler dans ses veines de sang corrosif qui n’aura point de relâche qu’il n’ait rongé jusqu’aux moindres traces du péché ; tu verras par là les membres de ton fils acquérir peu à peu de la force et de la consistance.

Et  pourquoi ce sang accumulera-t-il ainsi la vie dans les membres de ton fils ? C’est qu’il est le sang de la douleur, et que la douleur n’est point sans la vie, puisqu’elle n’est qu’une contradiction de la mort contre la vie, et de la vie contre la mort.

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(…) Fais donc tomber à grands flots ce sang de la douleur sur ton fils, plonge le dans cette mer de douleur qui seule peut lui donner et lui conserver le sentiment ; qu’il y séjourne plus longtemps que Jonas dans la baleine, plus longtemps que Moïse sur la montagne, plus longtemps que l’arche sur les eaux du déluge, plus longtemps que les Hébreux dans le désert ; plus longtemps que ces mêmes Hébreux dans toutes leurs captivités, qu’il y séjourne pendant toute sa vie terrestre, parce que ce n’est que par ce moyen que ce sang déposera dans son cœur, dans ses os, dans sa moelle, dans ses veines, dans toutes les fibres de son être le vrai élément sacerdotal d’où doivent naître pour lui la lance et l’épée. Qu’il mange chaque jour de ce pain sacerdotal, et qu’il s’enivre du vin de la colère du Seigneur."

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 10

 

Le Nouvel Homme, § 09

 

Comment pourrions-nous cesser de nourrir en nous l'esprit de douleur, ou plutôt la douleur de l'esprit quand nous con­sidérons la voie temporelle et spirituelle de l'homme sur la terre ? L'homme est conçu non seulement dans le péché, comme le disait David de lui-même, mais il est encore conçu par le péché, vu les ténébreuses iniquités de ceux qui l'engendrent. Ces ténébreuses iniquités vont influer sur lui corporellement, et spirituellement jusqu'à sa naissance. Il naît ; il va recevoir in­térieurement le lait taché de ces mêmes iniquités, et extérieu­rement mille traitements maladroits qui vont déformer son corps avant même qu'il soit formé ; des conceptions dépravées, des langues fausses et corrompues vont assaillir toutes ses facultés et les épier au passage pour les infecter dès qu'il les manifestera par le moindre de ses organes.

 

(…)C'est ainsi qu'au milieu d'une tempête perpétuelle, il arrive au terme de sa vie ; et là pour achever de mettre le sceau sur le décret qui l'a condamné à venir dans cette vallée de larmes, l'on tourmente son corps par les procédés d'une méde­cine ignorante, et son esprit par des consolations maladroites, tandis que dans ces moments périlleux cet esprit ne cherche qu'à entrer dans sa voie et éprouve peut-être en secret toute la douleur de s’en voir écarté.

 

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(…)Que doit-ce donc être si l'on pénètre dans l'homme inté­rieur et spirituel, et si l'on réfléchit aux dangers qui le menacent et qui sont incomparablement plus effrayants que ceux qu'il a à craindre de la part des hommes, et des désordres de ce monde ? C'est alors qu'il sent la nécessité d'être jeté d'abord dans le désert par l'esprit, c'est-à-dire, de rectifier en lui toutes les difformités que la maladresse des hommes, et ses propres écarts ont semées dans son être ; afin qu'étant devenu totalement étran­ger au régime de l'illusion, il puisse s'adonner tout entier au combat de l'esprit, lequel combat ne commence point ici-bas pour ceux qui sont livrés au torrent, parce qu'étant entraînés loin du désert, ils ne savent pas même qu'il y ait un combat à livrer

 

 

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(…)Mais celui qui a senti l'aiguillon du désir se lance coura­geusement dans cette carrière où les dangers et les puissances ennemies vont l'environner, et l'assaillir jour et nuit ; l'ardeur de la victoire lui cache la grandeur du péril et des fatigues ; il est déterminé à tout, parce qu'il sait que les récompenses qui l'attendent embrassent tout. Il doit donc compter qu'en entrant dans ce désert toutes les facultés de son être vont être éprouvées, et qu'il n'y en a pas une non seulement dans son corps, mais encore plus dans son âme et dans son esprit, qui ne doive verser des sueurs de sang, et en imbiber les différentes terres auxquel­les appartiennent ces différentes facultés ; et cela continuelle­ment jusqu'au jour de sa sépulture, parce que tant qu'il demeure sur cette terre de douleur, il est dans le règne du mensonge, et que celui qui y domine n'oublie rien pour faire prospérer son empire.

Voilà pourquoi nous ne devons méditer qu'en marchant et qu'en faisant notre chemin, les merveilles que le Seigneur veut bien faire briller de temps en temps dans nos ténèbres 

 

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(…)Pour quelle raison nous doit-il arriver de si grands biens ? C'est que c'est ainsi que la mesure suprême se fait connaître quand nous l'avons laissé s'emparer en nous de toutes les mesures. C'est que cette mesure étant la vie par essence ne peut commu­niquer d'autre impression à ceux qui l'approchent ; c'est que cette mesure ne tend qu'à percer jusqu'à l'unité de notre centre, pour le gouverner par la même action par laquelle elle se gouverne, et l'entraîner perpétuellement dans l'identité de son mouvement ; et voilà le sort qui est réservé à ceux qui auront aimé à manger du verbe.

 

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 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 09

Le Nouvel Homme, § 8

 

Quand l'homme prie avec constance, avec foi, et qu'il cher­che à se purifier dans la soif active de la pénitence, il peut lui arriver de s’entendre dire intérieurement ce que le réparateur dit à Céphas : tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Cette opération de l'esprit dans l'homme nous apprend qu'elle est la dignité de l'âme humaine, puisque Dieu ne craint point de la prendre pour la pierre fondamentale de son temple ; elle nous apprend combien nous devons nous nourrir de douces es­pérances, puisque cette élection nous met à couvert des puissan­ces du temps, et plus encore des puissances des ténèbres et des abîmes ; elle nous apprend enfin ce que c'est que la véritable église, et que, par conséquent, nulle part, il n'y a d'église où cette opération invisible de l'esprit ne se trouve pas.

 

Mais remarquons pour quelle raison cette opération de l'esprit constitue la véritable église ; c'est que c'est la parole éternelle qui se grave elle-même alors sur la pierre fondamentale qu'elle choisit, comme le réparateur gravait sa propre parole sur l'âme de saint Pierre à qui il parlait face à face. Sans l'impres­sion de cette parole Divine sur notre âme, l'église ne s'élève point...

 

(…) Dès ce moment nous nous trouvons engagés à veiller soigneusement à la construction spirituelle qui nous est confiée ; construction qui doit d'autant plus nous attrayer que nous en trouvons en nous tous les matériaux et que, sous l'inspection, et avec l'aide de celui qui nous a fait cette annonce, nous pouvons devenir à la fois, l'architecte, le temple et le prêtre par qui le fondateur Divin y sera honoré...

 

(…) En un mot, l'idée de cet être puissant doit désormais devenir aussi inséparable de notre oeuvre que la pensée l'est de nos paroles, et de toutes les opérations qui en sont les fruits. 

 

(…) Réveille-toi donc, homme, chaque jour avant l'aurore pour accélérer ton ouvrage. C'est une honte pour toi que ton encens journalier ne fume qu'après le lever du soleil. Ce n'est point l'aube de la lumière qui devait autrefois avertir ta prière de venir rendre hommage au Dieu des êtres, et solliciter ses miséricordes, c'est ta prière qui devait elle-même appeler l'aube de la lumière et la faire briller sur ton oeuvre, afin qu'ensuite tu puisses du haut de cet orient céleste la verser sur les nations endormies dans leur inaction, et les arracher à leurs ténèbres. Ce n'est que par cette vigilance que ton édifice prendra son accroissement, et que ton âme pourra devenir semblable à l'une de ces douze perles qui doivent un jour servir de portes à la ville sainte.

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(…) Ne te relâche donc point, homme de désir, car le Dieu des êtres lui-même ne dédaigne pas de venir faire alliance avec ton âme, il ne dédaigne point de venir opérer avec elle cette divine et spirituelle génération dans laquelle il t'apporte les principes de vie, et veut bien te laisser le soin de leur donner la forme. Si tu voulais t'observer avec attention, tu sentirais tous ces principes divins de l'essence éternelle, délibérer et agir puissamment en toi chacun selon leur vertu et leur caractère ; tu sentirais qu'il t'est possible de t'unir à ces suprêmes puissances, de devenir un avec elles, d'être transformé dans la nature active de leur agent, et de voir toutes tes facultés s'accroître et s'aviver par de divines multiplications...

 

(…) Tu pourrais alors te faire une idée de ces joies futures dont tu goûterais déjà les prémices; tu aurais de délicieux pressentiments, que grâce aux miséricordieuses faveurs de celui qui t'a créé et qui veut bien te régénérer, ton entrée dans la vie t'est comme cautionnée par lui, et que tu peux dire avec une sainte sécurité inspirée par lui : Mon âme ne m'a point été donnée en vain ; il a daigné la faire renaître pour l'appliquer à l'œuvre active à laquelle ma sublime émanation me donnait droit de prétendre, et il me promet encore de me faire recueillir un jour les fruits du champ que lui-même a bien voulu cultiver par mes mains. Que ce Dieu de toute puissance et de toute consolation soit à jamais honoré comme il devrait l'être, et comme il le serait des hommes, s'il leur était plus connu !

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Nous pouvons donc déjà apercevoir les biens qui nous sont promis si nous persévérons à nourrir en nous l'esprit de douleur ou plutôt la douleur de l'esprit, c'est-à-dire, cette pénétrante amertume cachée au médicament spirituel par où doit com­mencer toute notre oeuvre ; car n'oublions pas que nous sommes encore dans les déserts, et que nous n'entrevoyons la terre promise que sur les récits et les images que nous en offrent les fidèles envoyés qui l'ont parcourue ; et s'il est consolant pour nous d’avoir à attendre un si magnifique héritage, ne perdons pas de vue le seul chemin qui puisse nous y conduire.

 

Disons-nous sans cesse les uns aux autres : le médicament spirituel veut nous rendre la santé, et la vie ; le Dieu universel veut passer tout entier par notre être afin de parvenir jusqu'à l'ami qui nous accompagne ; il veut y passer souffrant, avant d'y passer dans sa gloire, il veut rompre les liens qui nous enchaî­nent dans la caverne des lions et des bêtes féroces et venimeuses, il veut régénérer notre parole par l'impression de sa propre parole, il veut fonder sur notre âme son église, afin que les portes de l'enfer ne prévalent jamais contre elle, il veut s'unir à nous pour opérer avec nous une génération spirituelle dont les fruits soient aussi nombreux que les étoiles du firmament, et puissent comme elles faire briller universellement sa lumière ; et tous ces biens qu'il veut nous procurer, il veut les réaliser en nous par l'annonciation de son ange, et par la sainte conception de son esprit, puisque c'est là le terme final de tous ses desseins et de toutes ses manifestations : louons-le dans la magnificence de ses merveilles, et dans l'abondance de ses trésors ; mais que ce soit dans le chemin et en faisant notre route que nous occupions ainsi notre pensée ; afin que ces saintes méditations nous servent à adoucir les fatigues du voyage, et non pas à nous arrêter.

 

 

 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 8

 

Le Nouvel Homme, § 7

 

(…) La sagesse conduit l'homme par des degrés insensibles afin de ne pas l'effrayer par l'immensité de la tâche qu'il a à remplir. Aussi commence-t‑elle par dire à l'homme qu'il doit servir d'organe et de passage à la Divinité tout entière, s'il veut que son ange jouisse de la paix et des félicités Divines. Cet avis est si consolant que l'âme de l'homme en est comme absorbée dans l'admiration et dans la joie. Elle pleure de regret, elle pleure d'espérance : c'est comme si l'image Divine elle-même était venue se dessiner sur toutes ses substances, et qu'elle eût senti la douce chaleur de la main qui a conduit le pinceau ; mais comme c'est là le terme final de l'œuvre, cette sagesse nous apprend bientôt qu'avant d'atteindre à cet heureux terme, nous devons voir passer en nous le Dieu souffrant, puisque lui seul peut enchaîner tous les lions voraces, et tous les serpents qui circulent en nous, et ne cessent de nous effrayer par leurs sif­flements, ou de nous empoisonner par leur venin.

(…) La sagesse ne nous découvre ce grand combat que le dernier, afin qu'étant préparés d'avance par les douceurs qui nous sont promises dans le Dieu bienfaisant, et par les moyens qui nous sont offerts dans le Dieu souffrant, nous puissions nous lancer plus courageusement dans le champ de bataille, et nous flatter de remporter la victoire ; car ce n'est qu'après cette victoire que se tracent en nous les plans du temple et les dif­férentes divisions qu'il renferme, parmi lesquelles il en est une par où le Saint des Saints se communique à nous, comme il se communiquait au grand prêtre dans le temple de Jérusalem ; ce n'est qu'alors que se confirme en nous, et l'annonciation de la part de l'ange, et la conception par l'opération de l'Esprit-Saint, d'où nous pouvons espérer un heureux enfantement Divin

(…) Ce n'est pas que par notre victoire sur ces animaux féroces qui tendent journellement à nous dévorer, nous les ayons entiè­rement séparés de notre cercle, et qu'ils ne soient plus liés à notre existence : non, ils y sont liés par la nature de notre chair et de notre sang ; et ils sont destinés à être entraînés avec tout notre être dans le cercle passager que nous parcourons, comme l’abîme est entraîné avec l'univers dans le vaste cercle du temps ; mais de même que cet abîme est entraîné avec l'univers sans lui nuire et sans gêner la marche de ces opérations et l’accomplissement de ses lois, de même la région de nos ani­maux dévorants, doit être entraînée avec nous sans se mêler aux fonctions de notre esprit, et comme occupant une demeure séparée, cette région n'existant pour nous, que comme l'abîme pour l'univers

 

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(…) C’est pourquoi nos prières ne sont encore que des gémissements, des lamentations, et des invocations, au lieu d'être des contemplations, des commandements, des actions de grâces, et des jouissances, comme elles auraient dû l'être dans l'origine, et comme elles le seront à la fin de toutes choses, pour ceux qui se seront dévoués au maintien de la justice et à l'observation des lois du Seigneur.

(…) Car, lorsque le premier homme fut créé, Dieu ne lui dit point de se lamenter, et de passer sa vie dans les larmes, il lui dit qu’il l'établissait sur tous les ouvrages de ses mains ; il lui dit de donner des noms à tous les animaux ; il lui dit de remplir la terre et de la dominer ; mais après sa chute, la terre est maudite, il ne doit plus manger son pain qu'à la sueur de son front 

(…) Ô vous, instituteurs humains, combien vous repentirez­-vous un jour d'avoir abusé les âmes en les menant par des voies nulles, figuratives et illusoires qui leur auront donné un calme trompeur, en leur procurant des joies extérieures, et en leur communiquant des ombres de vérités qui les auront empêchées de travailler au renouvellement du centre de leur être !

(…) Oh ! mes amis, prenons garde à un autre danger qui nous menace tous : c'est d'être traités comme ceux à qui on redeman­dera le sang des prophètes ; non pas que nous leur ayons ôté la vie temporelle, mais pour n'avoir pas profité de leur esprit plus que les nations auxquelles ils avaient parlé, ni plus que les hommes du torrent ; car cet esprit des prophètes est leur véritable sang que nous versons à tous les instants, quand nous ne suivons pas les leçons qu'ils nous ont données, et qu'au bruit de leurs menaces nous ne rentrons pas sous la domination exclusive du seul, et souverain être qui est jaloux de tout gouverner lui-même, comme étant le seul qui ait pu tout créer ; oui, voilà ce véritable sang qui sera demandé à la famille humaine, non seulement depuis le sang d'Abel, jusqu'à celui de Zacharie mais encore depuis celui de Zacharie, jusqu'à celui qui sera également versé et profané pendant toute la durée des siècles. Voilà ce sang que versent tous les jours les Pharisiens, les Scribes, et les docteurs de la loi qui étouffent sans cesse l'esprit du prophète, non seulement sous le poids de la lettre, mais sous le poids de leurs hypocrites et frauduleuses interpré­tations, et sous celui de leurs superstitieuses traditions dans lesquelles la vérité va toujours en descendant.

Veillons donc jour et nuit pour que ce sang de l'esprit nous soit profitable, veillons pour qu'on ne nous reproche pas un jour de l'avoir laissé perdre et couler en vain ; veillons, car c'est ce sang qui doit servir à la formation et à la nourriture du fils spirituel conçu en nous par l'opération de la sagesse sainte.

 

 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 7

 

 

 

Le Nouvel Homme, § 6

 

« Mais quelle terrible opération doit se faire en nous avant que cette divinité tout entière nous traverse dans sa splendeur et dans sa joie ! Il faut auparavant qu'elle nous traverse dans son ignominie et dans sa douleur ; il faut que le Dieu souffrant passe tout entier au travers de l'âme concentrée et comme pétrifiée par le crime et l'insensibilité. Âme de l'homme, abîme-toi ici, dans ta détresse, et prépare-toi à l'opération la plus douloureuse. Il faut que le Dieu souffrant te pénètre, et se fasse jour au travers de tes substances les plus épaissies et les plus dures, pour te rendre ta primitive existence ; tu ne pourras jamais être régéné­rée complètement si l'opération n'est pas universelle et si le Dieu souffrant dans sa pensée, dans sa parole et dans son oeuvre ne traverse tout entier ta pensée, ta parole, et ton opération. Amertume corporelle, amertume spirituelle, amertume divine, venez vous établir dans notre être, puisque vous êtes devenues l'indispensable aliment de nos ténèbres et de notre infirmité. Que l'amertume spirituelle du calice se joigne à notre amertume spirituelle particulière, et forme ainsi ce médicament actif et salutaire qui doit ronger toutes nos fausses substances pour laisser revivre nos véritables substances amorties ! Mal­heur à qui voudra repousser de lui ce médicament régénérateur ! Il ne fera qu'accroître ses maux, et les rendre peut-être un jour inguérissables. Car telle est cette pénitence qui seule peut faire ressusciter l'esprit en nous, comme l'esprit peut seul y faire ressusciter la parole, et la parole y faire ressusciter la vie divine, attendu qu'aujourd'hui rien ne peut plus s'opérer que par des concentrations, puisque tel a été le principe de l'origine des choses, tant physiques que spirituelles ; telle est, dis-je, cette pénitence qui donne à l'homme la puissante tranquillité de la confiance, et la terrible force de la douceur, choses si inconnues aux hommes du torrent qui n'ont que le courage du désespoir, et que la force de la colère. »

 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 6 

 

Siiii

 

« Disons à notre ennemi : c'est le Dieu souffrant qui veut lui­-même élever en moi son édifice ; c'est le Dieu souffrant qui veut le soutenir lui‑même, tu ne pourras jamais le renverser. Plus le Dieu souffrant s'approchera de moi, plus je serai en sûreté contre tes attaques, parce qu'il prendra lui‑même sur lui le fardeau que je ne pourrais pas porter ; quoique je sois suspen­du au‑dessus de l'abîme comme par un fil, quoique j'habite au milieu des lions voraces et des serpents sifflants et meurtriers, il est près de moi ce Dieu souffrant, il est conçu en moi ce Dieu souffrant, et d'un seul de ses mouvements, quelque faible qu'il soit, il me séparera lui‑même de tous ces insectes, et reptiles venimeux dont tes iniques séductions ont fait revêtir corporel­lement la malheureuse postérité de l'homme. Ce Dieu souffrant ne cherche qu'à faire entrer en moi sa chair, son sang, son esprit, sa parole, pour y introduire enfin le nom puissant qui a tout créé, et qui veut aussi créer tout dans moi ; il veut me faire planer avec lui dans la région de la vie, afin que je sois dans l'impossibilité de retomber dans les précipices et dans les régions de la mort. »

 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 6 

 

 

Le Nouvel Homme, § 5

Inriiiii

 

« Tel est l'état de ceux qui après avoir vaincu le dragon, sont montés après leur mort dans la région du repos et du bonheur ; tel est même l'état de ceux qui ici-bas ont rompu les chaînes de leur esclavage, et ont ouvert toutes leurs facultés à celui qui ne demande pas mieux que de les pénétrer et de les remplir ; enfin tel est l'état de ceux sur qui l'esprit a imposé les mains, parce que par cette imposition des mains, il rassemble en eux dans une unité toutes les subdivisions spirituelles qu'ils avaient laissé disséminer ; c'est même par ce moyen, et en vertu de l'unité indivisible dont cet esprit est dépositaire qu'il les met dans le cas d'imposer les mains à leur tour sur leurs semblables, et d'y opérer les mêmes rassemblements qui se sont opérés en eux lors de l'imposition des mains de l'esprit ; et tel est l'objet du sacerdoce ; tels en sont les pouvoirs, tels en sont les fruits pour ceux qui s'en sont rendus dignes, et qui ont été compris dans la divine sélection. »

 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 5 

Le Nouvel Homme, § 4

 

 

Consecration

 

« C'est alors que l'homme se trouve être, en esprit et en vérité, le prêtre du Seigneur ; c'est alors qu'il a reçu la vivifiante ordination, et qu'il peut transmettre cette ordination sur tous ceux qui se consacrent au service de Dieu, c'est-à-dire, lier et délier, purifier, absoudre, plonger l'ennemi dans les ténèbres, et faire revivre la lumière dans les âmes ; car le mot ordination, vient du mot ordinare ordonner, qui veut dire remettre chaque chose à son rang et à sa place ; et telle est la propriété du verbe éternel qui produit continuellement tout selon le poids, le nombre, et la mesure. Tel est enfin le zèle de la parole pour cette oeuvre sublime qu'elle se transformerait en homme elle-même pour venir nous ordonner et nous consacrer, s'il ne se trouvait point d'hommes qui puissent nous imposer les mains ; parce qu'elle sait qu'il faut ici-bas que les organes de la vérité soient corporisés humainement pour nous être utiles. »

L-C de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 4

 

« Ce n'est donc point un simple effet mystique, ni une simple opération métaphysique qui se passe en nous lorsque le verbe Divin nous régénère, et qu'il nous appelle par notre nom pour nous faire sortir de notre tombeau, c'est une oeuvre vive, et dont tout notre être spirituel et corporel éprouve physiquement la sensation, puisque cette parole est la vie, et l'activité ; et lorsque Lazare sortit de son cercueil à la voix du Seigneur, ses membres n'éprouvèrent pas autant de cette sensation réelle, que nous en éprouvons dans notre régénération spirituelle, parce qu'après être descendu dans le tombeau, son âme passive ne pouvant recevoir la sensation de la mort et de la froideur sépulcrale, ne pouvait pas non plus en faire la comparaison avec la sensation de la vie qui s'introduisait alors en lui, et semblait le créer pour la première fois : au lieu que notre âme immortelle ne descend point dans le lac de la mort spirituelle, sans en ressentir toute l'horreur ; et par conséquent lorsqu'elle recouvre la sensation de la vie, ce doit être avec une sensibilité inexprimable. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 4 

 

Lazare

 

« Il est donc vrai de dire que notre délivrance a commencé dès l'instant de notre punition ; il est donc vrai de dire que l'agneau a été immolé dès le commencement du monde ; il est donc vrai que l'écriture a raison de nous recommander les larmes, et de nous féliciter de nos tribulations, puisque le médicament d'amertume est la seule voie que nous ayons de recouvrer le commencement de nos rapports avec notre unité harmonique et primitive ; enfin il est donc vrai que l'écriture a raison de nous enseigner que celui qui se fera humble et petit, sera élevé. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 4 

 

« Voilà le terme où doivent tendre tous nos efforts, et sans lequel nous nous flatterions en vain d'être avancés dans la carrière de notre retour vers notre principe. C'est aussi ce qui nous rétablit, sur notre trône en mettant nos ennemis à nos pieds en même temps cela nous apprend que telle fut notre puissance autrefois, et que tel fut l'emploi que nous en aurions dû faire, puisqu'aujourd'hui nous pouvons la faire servir au même usage, en prononçant fortement cette parole interne qui constitue notre être, et qui fait trembler nos ennemis. Ne cessons donc point de contempler ce but sublime et indispensable où nous devons tendre ; ne nous reposons point, n'épargnons aucun de nos efforts jusqu'à ce que nous nous sentions renaître dans cette faculté vive qui est notre essence et jusqu'à ce que par sa forte vertu, nous ayons chassé de nous tous les vendeurs qui sont venus établir le siège de leur trafic jusque dans le temple. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790) , § 4 

 

Le Nouvel Homme, § 3

Nouvell

« De cette sublime vérité, il résulte une vérité qui n'est pas moins sublime, savoir, que nous ne sommes pas dans notre loi, si nous pensons par nous-mêmes, puisque pour remplir l'esprit de notre vraie nature, nous ne devons penser que par Dieu, sans quoi nous ne pouvons plus dire que nous soyons la pensée du Dieu des êtres, mais nous nous déclarons être le fruit de notre pensée ; nous nous annonçons comme si nous n'avions pas d'autre source que nous-mêmes, et comme si nous avions été notre propre principe, de façon qu'en défigurant notre nature, nous anéantissions celui seul de qui nous la tenons : aveugle impiété qui peut éclairer sur la marche qu'ont suivie toutes les prévarications.

De cette sublime vérité que l'homme est une pensée du Dieu des êtres, il résulte une vaste lumière sur notre loi, et notre destination ; savoir, que la cause finale de notre existence ne peut être concentrée dans nous ; mais qu'elle doit être relative à la source qui nous engendre comme pensée, qui nous détache d'elle pour opérer au-dehors ce que son unité insubdivise ne lui permet pas d'opérer elle-même ; mais ce dont elle doit être cependant le terme et le but, comme nous sommes tous ici-bas le but et le terme des pensées que nous enfantons, et qui ne sont qu'autant d'organes et d'instruments que nous employons pour coopérer à l'accomplissement de nos plans dont notre nous est perpétuellement l'objet ; c'est pour cela que cette pensée du Dieu des êtres, ce nous doit être la voie par où doit passer la Divinité tout entière, comme nous nous introduisons journellement tout entier dans nos pensées, pour leur faire atteindre le but et la fin dont elles sont l'expression et pour que ce qui est vide de nous, devienne plein de nous ; car, tel est le vœu secret et général de l'homme, et par conséquent tel est celui de la Divinité dont l'homme est l'image »

L-C de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 3 

Le Nouvel Homme, § 2

 

 

Angegardien

 

« Un secret à la fois immense et terrible a été communiqué dans L'homme de désir, n°146, page 217. Et ce secret est que le coeur de l'homme est le seul passage par où le serpent empoisonné élève sa tête ambitieuse, et par où ses yeux jouissent mme de quelque lumière élémentaire, car sa prison est bien au-dessous de la nôtre.

Ici nous osons communiquer un autre secret non moins profond, mais plus consolant, plus encourageant, et fait pour nous apprendre à nous respecter tant par rapport à la sainteté de notre origine, qu'à la sublimité de l'oeuvre que nous devons et que nous pouvons opérer sur la terre. Voici ce secret :

L'ami fidèle qui nous accompagne ici-bas dans notre misère, est comme emprisonné avec nous dans la région élémentaire, et quoiqu'il jouisse de sa vie spirituelle, il ne peut jouir de la lumière divine, des joies divines, de la vie divine que par le coeur de ce même homme qui fut choisi pour tre l'intermède universel du bien et du mal. Nous attendons de cet ami fidèle tous les secours, toutes les protections, tous les conseils qui nous sont nécessaires dans nos ténèbres et toutes les vertus pour subir le décret de notre épreuve à laquelle il n'a pas le droit de rien changer ; mais il attend de nous en récompense, que par le feu divin dont nous devrions être embrasés, nous lui fassions éprouver la chaleur et les effets de ce soleil éternel dont il se tient éloigné par la pure et vive charité qui l'anime en faveur de la malheureuse humanité.

C'est pour cela que J.-C. dit, dans saint Matthieu, 18 : Ne méprisez aucun de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon père qui est dans les cieux. Ils ne voient la face de Dieu, que parce que les enfants qu'ils accompagnent ont le cœur pur, et c'est le cœur pur de ces enfants qui sert d'organe à ces anges, puisqu'ils ne sont pas dans le ciel où est le père. Mais réciproquement le cœur de l'homme n'est pur que quand il est fidèle à la voix de son ange ; c'est‑à‑dire, en d'autres paroles quand l'homme est re­devenu enfant, et qu'il fait en sorte que son ange ait la liberté de voir la face de Dieu.

Aussi y a‑t‑il un grand sens dans ces paroles de J.-C., même chapitre, verset 3 : si vous ne devenez comme de petits enfants, nous n'entrerez point dans le royaume des cieux. L'ange est la sagesse, le cœur de l'homme est l'amour ; l'ange est le récipient de la lumière divine, le cœur de l'homme en est l'organe et le modificateur. Ils ne peuvent se passer l'un de l'autre et ils ne peuvent être unis que dans le nom du seigneur, qui est à la fois l'amour et la sagesse, et qui les lie par là dans son unité. Nul mariage comparable à celui‑là ; et nul adultère comparable à celui qui altère un pareil mariage ; aussi est‑il dit, (Matthieu, 18), que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a joint. »

 L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 2 

 

« Ô homme ! Si tu aperçois le moindre rayon de cette haute lumière, ne perds pas un moment pour accomplir toutes les lois qu'elle t'impose, et pour te rendre aussi vif, aussi actif, et aussi pur que les deux correspondances entre lesquelles tu te trouves placé ; ce sera le moyen d'accélerer ta régénération, et de te préparer d'avance un lieu de repos pour le temps à venir. Tu es la lampe, l'esprit est l'air, la chaleur et le feu de la lumière divine sont renfermés dans l'huile ; l'air souffle sur toi pour te mettre en activité et pour que tu lui transmettes la chaleur douce et vivante, et la sainte clarté de cette huile qui doit nécessairement passer par toi pour lui parvenir.

 Dans cette opération, l'homme devient une véritable lumière au milieu des ténèbres, il ne devient cette véritable lumière que parce qu'il manifeste le principe vivant qui veut bien la lui procurer et la faire passer par son cœur ; ainsi l'homme peut grandement se réjouir, mais il ne peut pas se glorifier ; enfin l'ange est comblé de consolations et de jouis­sances ; et au moyen des joies divines que nous lui procurons, il se lie et s'attache d'autant plus à nous, tant par sa vive charité naturelle, que par le besoin d'augmenter son propre bonheur. De son côté, la Divinité ne cherche continuellement qu'à percer de plus en plus dans le cœur des hommes, pour étendre sa gloire, sa vie et sa puissance, et en remplir l'ange qui la désire si ardemment. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 2 

 

« Car lorsque la vie divine passe en nous, elle y attire l'esprit, et lorsque l'esprit vient en nous, il y attire la vie divine ; là Dieu se spiritualise, et l'esprit se divinise, et notre être reçoit alors cette nourriture ainsi préparée par la sagesse qui dispose toutes ses opérations pour le plus grand bien des êtres ; sans cela la Divinité nous consumerait, si elle y venait seule, et l'esprit ne nous nourrirait pas assez, s'il y venait seul à son tour, attendu que sans être Dieu, nous sommes cependant plus que l'esprit.

Cette loi qui nous est tracée pour opérer notre régénération, nous indique assez clairement quelle était la loi qui devait accompagner notre destination primitive, puisqu'elle devait être encore plus étendue sans cependant changer de nature, car une loi n'en change point, quoiqu'elle se resserre, ou se retire quand les êtres se sont rendus absolument indignes qu'elle agisse encore sur eux ; ainsi puisque nous devons aujourd'hui faire parvenir la région divine jusqu'à notre ange, nous devions autrefois avoir le privilège de rendre le même service à un plus grand nombre d'êtres, et à des êtres qui fussent encore plus dans la privation que notre ange particulier, enfin si nous pouvons aujourd'hui faire passer par nous quelques rayons du soleil divin, il faut que, par notre nature originelle, nous ayons eu le pouvoir de faire passer par nous la Divinité tout entière, et par conséquent nous ne pourrons nous croire régénérés que quand nous aurons atteint ce but immense qui est le terme final de notre être ; car, nous venons de le dire, une loi ne peut changer, et pour obtenir notre régénération, il faut que la Divinité tout entière pénètre notre être comme elle l'aurait fait primitivement, si nous eussions suivi ses desseins. Homme, apprends ici combien tu es loin de ton terme, et vois si cette perspective te peut laisser croire que tu doives languir dans l'inaction. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 2 

 

Le Nouvel Homme, § 1

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« A peine la vérité voit-elle naître ainsi le désir et la volonté dans le coeur de l'homme, qu'elle s'y précipite, avec toutes les ardeurs de sa vie divine et de son amour. Souvent même elle ne lui demande que de se priver de ce qui est nul, et pour ce sacrifice négatif, elle va le combler de réalités. Les principales de ces réalités, c'est de commencer par lui donner les signes d'avertissement et de préservation, afin qu'il ne soit plus dans le cas de craindre comme Caïn, et de dire : ceux qui me rencontreront me tueront. Ensuite elle attache sur lui les signes de terreur, afin que sa présence devienne redoutable, et qu'il fasse fuir ses ennemis ; enfin elle le décore des signes de gloire, afin qu'il puisse faire briller la majesté de son maître, et recevoir partout les honorables récompenses qui sont dues à un fidèle serviteur. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 1 

 

« Ce n'est donc point assez pour notre rétablissement de nous abstenir des aliments malsains et corrompus, il faut encore que nous usions de ce médicament amer que les ministres spirituels de la sagesse font passer en nous, pour y occasionner une sensation douloureuse qu'on pourrait appeler la fièvre de la pénitence ; mais qui se termine par la douce sensation de la vie et de la régénération. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 1 

 

« Car la rosée que Dieu fait descendre dans l'homme est toute composée d'actions toutes vives, toutes formées, toutes complètes, comme autant de guerriers armés de pied en cap, ou comme autant de puissants médecins, portant dans leur main l'ambroisie, ou comme autant d'anges célestes tous rayonnant intérieurement et extérieurement, des saintes et pures lumières de la vie ; et l'homme destiné à être l'objet, et le réceptacle de tant de bienfaits aperçoit par l'intelligence, au milieu de cette rosée sacrée, la main suprême du Dieu resplendissant de gloire qui veut bien le prendre pour le terme de cette incomparable munificence, tant il est vrai que la parole divine ne peut venir en nous sans créer à la fois tout un monde. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 1