Le Nouvel Homme, § 10

" Les bergers ont entendu les anges chanter la naissance de ce fils de l’homme ; les mages ont vus son étoile dans l’Orient, ils viennent le visiter, et leur offrir leur or et leur encens. Tu as beau faire exterminer les enfants de Rachel pour calmer tes craintes, ce fils est un fils qui ne s’extermine point par la main de l’homme, parce qu’il n’est point né de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté du sang, mais qu’il est né de Dieu ; aussi le Dieu qui l’a formé saura veiller sur ses jours, et il le fera réfugier dans l’Egypte, jusqu’à ce que les temps de ta fureur soient écoulés, et que le temps de la gloire de son fils soit arrivé.

Gravu164

(…) On nous donne peu d’instruction sur les soins que l’on doit à l’enfance ; cependant homme, ce temps va être pour ton fils le temps le plus précieux de sa vie, car tu vas être à la fois ton fils, ton père, ta mère, tous les serviteurs qui seront employés à la plus sublime des tâches. Que ce fils nouveau-né devienne donc pour toi l’objet de tes soins les plus assidus. Ce fils est amour, et il est amour Divin…

(...) Mais n’oublies pas que ce fils est aussi le fils de la douleur, que c’est le second né de Rachel, qu’il a couté la vie à sa mère, qu’il est le seul des douze chefs de tribus qui soit né dans la terre promise, et qu’il y est né après que son père eût offert un sacrifice au Seigneur, et qu’il eût érigé un autel à Béthel.

 

 (…) Si tu veux donc conserver ce précieux rejeton, nourris-le chaque jour des mêmes éléments qui lui ont donnés la naissance ; fais couler à chaque instant sur lui le sang de l’alliance qui doit le préserver du glaive de l’ange exterminateur ; bien plus, fais pénétrer sans cesse dans toutes ses veines, ce même sang de l’alliance qui doit donner la mort à tous les Egyptiens, et le mettre à même de les dépouiller un jour de leurs vaisseaux d’or et d’argent avec lesquels ils font des festins d’iniquité. Laisse couler dans ses veines de sang corrosif qui n’aura point de relâche qu’il n’ait rongé jusqu’aux moindres traces du péché ; tu verras par là les membres de ton fils acquérir peu à peu de la force et de la consistance.

Et  pourquoi ce sang accumulera-t-il ainsi la vie dans les membres de ton fils ? C’est qu’il est le sang de la douleur, et que la douleur n’est point sans la vie, puisqu’elle n’est qu’une contradiction de la mort contre la vie, et de la vie contre la mort.

Gravu211

 

Deluge 1938 bruno goldschmitt

(…) Fais donc tomber à grands flots ce sang de la douleur sur ton fils, plonge le dans cette mer de douleur qui seule peut lui donner et lui conserver le sentiment ; qu’il y séjourne plus longtemps que Jonas dans la baleine, plus longtemps que Moïse sur la montagne, plus longtemps que l’arche sur les eaux du déluge, plus longtemps que les Hébreux dans le désert ; plus longtemps que ces mêmes Hébreux dans toutes leurs captivités, qu’il y séjourne pendant toute sa vie terrestre, parce que ce n’est que par ce moyen que ce sang déposera dans son cœur, dans ses os, dans sa moelle, dans ses veines, dans toutes les fibres de son être le vrai élément sacerdotal d’où doivent naître pour lui la lance et l’épée. Qu’il mange chaque jour de ce pain sacerdotal, et qu’il s’enivre du vin de la colère du Seigneur."

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 10

 

Saint Martinisme Le Nouvel Homme Louis-Claude de Saint Martin