Le Nouvel Homme (1790), § 13

« Lorsque le Réparateur alla à Béthanie pour y ressusciter le frère de Marthe et Marie qui était mort depuis quatre jours, et qui sentait mauvais ; lorsqu'étant près du tombeau, il dit d'une voix haute : Lazare, levez-vous ; c'est à toi, âme humaine, qu'il adressait la parole encore plus qu'à ce cadavre qui n'était que le symbole de la véritable renaissance ; (…)

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Si tu as aperçu précédemment que l'annonciation de l'ange peut se répéter pour toi, ainsi que la conception et la naissance du fils de la promesse, tu ne seras pas surprise que la résurrec­tion de Lazare puisse se répéter pour toi également ; mais aussi par la même raison, tu sens que cette opération préliminaire te devient indispensable, puisque tu es morte depuis quatre jours ; c'est-à-dire, dans tes quatre grandes institutions primitives que tu ne saurais plus remplir, et puisque tu répands partout l'infec­tion. La voix du Réparateur s'approche de ta tombe et te crie : Lazare, levez-vous ; ne fais pas comme les Juifs dans le désert ; n'endurcis pas ton cœur à cette voix, et jette-toi promptement hors de ton cercueil ; il ne manquera pas de gens serviables pour délier tes bandelettes. Souviens-toi ensuite qu'il ne t'a été dit : Lazare, levez-vous ; qu'afin que tu répètes à ton tour librement à toutes tes facultés endormies : Lazare, levez-vous ; (…)

Âme humaine, plus féconde que la terre corruptible où tu es emprisonnée pour un temps, tu peux, plus qu'elle, recevoir de vives semences, tu peux, plus qu'elle, produire de nombreuses récoltes, tu peux, plus qu'elle, fixer et faire couler sur toi les riches et fécondes rosées ; et ce sont tous ces trésors qui doivent t'engraisser à jamais ; car, si tu te dis bien sincèrement : Lazare, levez-‑vous, tu peux alors espérer que le conseil céleste vienne délibérer jusque dans ton propre sein, et envoie ensuite sa parole sacrée dans tout ton être, pour y faire exécuter ses décrets, et faire couler abondamment dans toutes ses substances élémen­taires, spirituelles et Divines les sanctifications éternelles qui ne tendent qu'à effacer le temps (…)

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Si le conseil céleste doit délibérer jusque dans notre propre sein, il en résulte pour nous une loi puissante, et qui porte avec elle l'empreinte d'une terreur salutaire ; c'est que nous ne devrions pas nous permettre un acte, ni un mouvement qui ne fût la suite d'une délibération de ce conseil céleste (…) dès que dans toi le conseil céleste veut bien prononcer de pareils décrets, chacun de tes pas et de tes mouvements doit être une victoire, une exécution de quelque jugement Divin, une délivrance de quelque esclave, et un accroissement du règne de la lumière ; et toutes ces oeuvres sont autant d'hymnes à la gloire de celui qui est venu en délibérer en toi, et les décréter, et qui veut bien t'en confier l'opération pour te transmettre, par ce moyen, des étincelles de cette joie Divine, et immortelle qui est l'élément primitif de ton existence (…) tu dois sentir que la délibé­ration de ce grand conseil est que tu sois également dans la souffrance et dans le combat, si tu veux remporter la victoire. (…)

Songe, âme de l'homme, que c'est le Dieu même qui pleure en toi, pour que tu puisses, par ses propres douleurs, parvenir aux consolations. Songe qu'il pleura avant de dire à Lazare : Levez-vous. Songe qu'il pleure à tout instant dans tout ton être, et qu'il ne cherche qu'à établir son propre jeûne ou sa propre pénitence dans ton centre élémentaire, dans ton centre spirituel, et dans ton centre Divin. Si Dieu pleure en toi, comment te refuserais-tu à pleurer avec lui, comment t'oppo­serais-tu à laisser librement circuler en toi, ces torrents enflammés de la pénitence sacrée (…) Fais donc en sorte de n'être plus que douleur, que soupirs, que la­mentations car ce n'est plus que de cette manière-là que tu peux aujourd'hui être l'image et la ressemblance de ton Dieu. »Desintegration

 

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 13, extraits choisis.