Le Nouvel Homme, § 4

 

 

Consecration

 

« C'est alors que l'homme se trouve être, en esprit et en vérité, le prêtre du Seigneur ; c'est alors qu'il a reçu la vivifiante ordination, et qu'il peut transmettre cette ordination sur tous ceux qui se consacrent au service de Dieu, c'est-à-dire, lier et délier, purifier, absoudre, plonger l'ennemi dans les ténèbres, et faire revivre la lumière dans les âmes ; car le mot ordination, vient du mot ordinare ordonner, qui veut dire remettre chaque chose à son rang et à sa place ; et telle est la propriété du verbe éternel qui produit continuellement tout selon le poids, le nombre, et la mesure. Tel est enfin le zèle de la parole pour cette oeuvre sublime qu'elle se transformerait en homme elle-même pour venir nous ordonner et nous consacrer, s'il ne se trouvait point d'hommes qui puissent nous imposer les mains ; parce qu'elle sait qu'il faut ici-bas que les organes de la vérité soient corporisés humainement pour nous être utiles. »

L-C de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 4

 

« Ce n'est donc point un simple effet mystique, ni une simple opération métaphysique qui se passe en nous lorsque le verbe Divin nous régénère, et qu'il nous appelle par notre nom pour nous faire sortir de notre tombeau, c'est une oeuvre vive, et dont tout notre être spirituel et corporel éprouve physiquement la sensation, puisque cette parole est la vie, et l'activité ; et lorsque Lazare sortit de son cercueil à la voix du Seigneur, ses membres n'éprouvèrent pas autant de cette sensation réelle, que nous en éprouvons dans notre régénération spirituelle, parce qu'après être descendu dans le tombeau, son âme passive ne pouvant recevoir la sensation de la mort et de la froideur sépulcrale, ne pouvait pas non plus en faire la comparaison avec la sensation de la vie qui s'introduisait alors en lui, et semblait le créer pour la première fois : au lieu que notre âme immortelle ne descend point dans le lac de la mort spirituelle, sans en ressentir toute l'horreur ; et par conséquent lorsqu'elle recouvre la sensation de la vie, ce doit être avec une sensibilité inexprimable. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 4 

 

Lazare

 

« Il est donc vrai de dire que notre délivrance a commencé dès l'instant de notre punition ; il est donc vrai de dire que l'agneau a été immolé dès le commencement du monde ; il est donc vrai que l'écriture a raison de nous recommander les larmes, et de nous féliciter de nos tribulations, puisque le médicament d'amertume est la seule voie que nous ayons de recouvrer le commencement de nos rapports avec notre unité harmonique et primitive ; enfin il est donc vrai que l'écriture a raison de nous enseigner que celui qui se fera humble et petit, sera élevé. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790), § 4 

 

« Voilà le terme où doivent tendre tous nos efforts, et sans lequel nous nous flatterions en vain d'être avancés dans la carrière de notre retour vers notre principe. C'est aussi ce qui nous rétablit, sur notre trône en mettant nos ennemis à nos pieds en même temps cela nous apprend que telle fut notre puissance autrefois, et que tel fut l'emploi que nous en aurions dû faire, puisqu'aujourd'hui nous pouvons la faire servir au même usage, en prononçant fortement cette parole interne qui constitue notre être, et qui fait trembler nos ennemis. Ne cessons donc point de contempler ce but sublime et indispensable où nous devons tendre ; ne nous reposons point, n'épargnons aucun de nos efforts jusqu'à ce que nous nous sentions renaître dans cette faculté vive qui est notre essence et jusqu'à ce que par sa forte vertu, nous ayons chassé de nous tous les vendeurs qui sont venus établir le siège de leur trafic jusque dans le temple. »

L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme (1790) , § 4 

 

Le Nouvel Homme Louis-Claude de Saint Martin